LES TEXTES DU MAGISTÈRE SUR L’ÉCRITURE

Le préambule de la constitution Dei Verbum, concile Vatican II

Éric MORIN

Soixante ans, après le concile Vatican II, une question revient souvent : faut-il s’en tenir aux textes produits durant les quatre sessions ou bien aujourd’hui encore faut-il revenir à ce que certains appellent l’esprit du Concile ? Dit autrement, être fidèle au concile Vatican II, est-ce tenir en mémoire un événement? Ou faut-il s’en tenir aux seuls textes ? Une chose demeure, et qui ne peut être réduite au seul texte : l’importance de l’épiscopat, attestée en LG 25 mais également par la vie du Collège épiscopal depuis soixante ans, sous la forme des synodes, conférences des évêques et autres...

Les historiens attestent qu’un des faits qui font que ce concile est un événement, c’est l’avènement du Collège épiscopal comme entité, comme corps, comme sujet.

Cela offre une clé de lecture pour le préambule de Dei Verbum :

En écoutant religieusement et proclamant avec assurance la parole de Dieu, le saint Concile fait sienne cette parole de saint Jean : « Nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue : ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous soyez en communion avec nous et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jn 1, 2-3). C’est pourquoi, suivant la trace des conciles de Trente et du Vatican I, il entend proposer la doctrine authentique sur la Révélation divine et sur sa transmission, afin que, en entendant l’annonce du salut, le monde entier y croie, qu’en croyant il espère, qu’en espérant il aime.

Ce paragraphe atteste que c’est à l’écoute de la Parole que cette communion entre les évêques a punaître : « En écoutant religieusement... » Tels sont les premiers mots. Le Concile parle de ce qu’ilécoute : le texte de Jean est proposé à titre d’exemple significatif. Ensemble les évêques, comme autrefois les apôtres, ont fait l’expérience du Verbe de vie, celui-ci fit la communion entre eux, et cette communion donne l’assurance.

Dans son commentaire de Dei Verbum Henri de Lubac, pour interpréter ce terme, invite à revenir à la parrèsia grecque, notion qui exprime la liberté de parole, au sens juridique, et dont le Nouveau Testament se sert pour dire l’audace et le courage de l’annonce évangélique (2 Co 3, 12). Les Pères conciliaires puisent leur liberté spirituelle dans la rencontre fraternelle et commune avec le Verbe de vie : ils font leurs les paroles de l’Écriture qu’ils interprètent pour le renouvellement de l’Église, tâche qui incombait au Concile.

Henri de Lubac montre bien le mouvement de ce texte qui va de l’Écriture à la communion et à la vie. Tout ce processus est expérience de vie nourrie de la Parole.

Ainsi, ce petit texte d’à peine dix lignes, partant de l’expérience du Collège épiscopal, offre un chemin de vie pour toute communauté chrétienne.

Le contact fraternel avec les Écritures produit une communion et permet de porter ensemble une parole missionnaire.

Le 21 janvier prochain, nous allons célébrer le dimanche de la Parole. Pourquoi ne pas reprendre ce paragraphe de Dei Verbum en conseil pastoral, dans la feuille paroissiale ? La suite du texte de la Constitution va développer les éléments qui vont définir la place de l’Écriture dans la vie de l’Église, ses rapports avec la tradition et le magistère. Mais ce prologue extrêmement simple offre un programme qui n’est autre que celui d’un engendrement. Les Pères conciliaires en témoignent.