Lorsque la lettre fait référence à la législation ou à la loi, elle considère en fait surtout la législation cultuelle et sacerdotale...

Lorsque la lettre fait référence à la législation (7,11…) ou à la loi (7,19…), elle considère en fait surtout la législation cultuelle et sacerdotale. Sa référence principale est donc le livre du Lévitique, qui est d’ailleurs placé au centre de la Torah, avec, au cœur de ce livre, la liturgie du Yom Kippour, pour la rémission des péchés. Dans son exposé, la lettre suit de manière lâche les deux premières questions traitées par le Lévitique : les sacrifices, l’investiture des prêtres.

Le Lévitique possède une construction très remarquable, comme le montrent des études récentes, notamment celle de Didier Luciani, Sainteté et pardon (2005). En ce livre difficile et d’abord quelque peu rebutant se trouve une spiritualité de grande envergure. À laquelle la lettre aux Hébreux est sensible, et dont elle est respectueuse.

Car la lettre est profondément liturgique, elle est toute orientée à nous faire entrer dans la liturgie de la nouvelle alliance, par le Christ et, par là, à nous permettre d’atteindre cette sainteté que le système ancien du Lévitique désirait pour Israël avec tant de force. Elle s’appuie sur des caractères très symboliques de la liturgie ancienne qu’elle trouve accomplis dans la nouveauté du Christ. Comme : une théologie de l’accès à la présence réelle de Dieu, dans une relation de face-à-face qui est le propre de l’alliance ; l’importance accordée à l’offrande sur le commerce du sang par où le Lévitique cherchait le chemin de l’expiation.

Législation « ancienne », appelée à disparaître ou déjà disparue… Ce n’est que sur fond du désir et de la dynamique qui l’habitait que nous pouvons percevoir la puissance de vie qui nous est donnée par le Christ, dans la liturgie nouvelle dont il est le grand-prêtre.


© Jean-Marie Carrière, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 151 (mars 2010), "Tenez bon ! Relire la Lettre aux Hébreux", page 35.