L'annonce de l'Évangile doit s'adapter aux diverses cultures mais comment se faire entendre dans des cultures qui ne prennent pas au sérieux la question de Dieu...

L'annonce de l'Évangile doit s'adapter aux diverses cultures mais, même en supposant qu'on ait le langage qu'il faut, comment se faire entendre dans des cultures qui ne prennent pas au sérieux la question de Dieu ? Comment interpeller lorsque ce ne sont pas seulement les mots mais la réalité même qui fait difficulté et lorsqu'avant de répondre à la question « quoi croire ? » il faut d'abord affronter la question « pourquoi croire ? » ?

Le discours de Ac 17, ici encore, a quelque chose à nous dire. Car, en définitive ce discours s'adresse à des gens qui ne prennent pas Dieu au sérieux. Soit que la question de Dieu leur apparaisse simplement comme une question parmi d'autres, dont on veut bien entendre parler par pure curiosité, mais qui n'engage à rien, pas plus que les autres « doctrines» ou les autres « nouveautés » qui affluent sur l'Aréopage. Un étalage de plus sur le supermarché des idées... Ou bien on a déjà admis en principe l'idée de Dieu. On croit en principe mais [e Dieu auquel on croit est devenu comme une idole, à l'égard duquel on n'entretient qu'une relation « matérialisée », rituelle et formaliste. Un Dieu décoratif, apprivoisé et rassurant peut-être, mais guère plus « dérangeant » qu'une idole muette.

Dans un tel contexte, l'évangélisation doit sans doute en revenir aux grands accents du discours de Paul. Avant de parler de l'Église, des sacrements, de la morale, de Jésus Christ lui-même, il importe de faire retrouver le sens de la transcendance et du sérieux de Dieu. En somme, ce que proclame Paul à Athènes se ramène à une conviction fondamentale : Dieu, c'est quelqu'un.

Cela peut être compris de deux façons. Au sens tout d'abord où l'on dit : « Un tel, une telle, c'est quelqu'un ». C'est-à-dire un être qui a de la consistance de l'importance, un être qui compte et sur lequel on peut compter. Dieu n'est pas une idée sans prise sur la vie, ou un refuge consolateur pour les jours sombres. Dieu, proclame Paul, est le fondement radical de l'être et de la vie (17,24-28); sans lui on ne saurait exister et on ne saurait subsister. Admettre Dieu change du tout au tout le sens et l'orientation de la vie.

Dieu c'est quelqu'un: cela signifie aussi qu'il est une personne et non une chose que l'on peut fabriquer et maîtriser à sa guise. Étant une personne, Dieu a parlé et s'est fait connaître. Étant une personne, Dieu veut entretenir avec les humains des rapports personnels. Étant une personne, Dieu s'intéresse à nos vies. Le Dieu qui interpelle chacun ne saurait se contenter d'une vie à moitié réussie : « ...chacun quel qu'il soit et où qu'il soit, est appelé par lui à se convertir » (17,30). Car la vie a un sens et l'orientation qu'on lui donne n'est pas indifférente dans le plan de Dieu : « Il a en effet fixé un jour où il jugera le monde avec justice » (17,31a). Car la vie humaine, telle que Dieu la conçoit et comme « il en a donné la garantie en ressuscitant » Jésus d'entre les morts (17,31b), est faite pour déboucher dans une plénitude. Et cette plénitude, les humains étant « destinés à la vie éternelle » (13, 48) n'est rien d'autre que la communion à la vie de Dieu.

© Michel Gourgues, SBEV / Éd du Cerf, Cahier Évangile n° 67 (Mars 1989) « L’Évangile aux païens (Ac 13 – 28) », p. 63.